
« Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter. » Cette mise en garde historique du philosophe américano-hispanique George Santayana (1905) claque comme un avertissement au-dessus du Parlement congolais. À l’approche du 30 juin 2026, jour du 66ᵉ anniversaire de notre indépendance, une question brûle les lèvres de chaque citoyen : qu’attend le bureau de l’Assemblée nationale pour sortir des tiroirs la proposition de résolution du député André Mbata ?
Le 27 avril 2026, s’appuyant sur la loi du 23 décembre 2025 portant création de l’Ordre national des Héros nationaux, le député André Mbata Betu Kumesu Mangu a déposé une proposition majeure visant à élever la prophétesse Kimpa Vita, le prophète Simon Kimbangu et le docteur Étienne Tshisekedi wa Mulumba au rang de héros nationaux, en reconnaissance de leur combat. Ce projet met en lumière trois destins sacrifiés, trois époques charnières et un seul et même combat : briser les chaînes de la soumission pour imposer la dignité congolaise. Face à l’importance de l’enjeu, l’initiateur de cette démarche a exigé l’urgence. La loi de décembre 2025 offre en effet un outil juridique moderne : une résolution votée à la majorité des deux tiers par le Parlement suffit désormais pour ouvrir les portes du panthéon national, avant la ratification présidentielle.
Cette initiative vient bousculer des habitudes mémorielles figées. Voilà vingt-cinq ans que la mémoire officielle de la RDC est verrouillée autour de deux seuls noms : Patrice-Emery Lumumba, le martyr de l’indépendance de 1961, et Laurent-Désiré Kabila, le soldat du peuple assassiné en 2001. Si leur statut est indiscutable, résumer l’âme de la résistance congolaise à ce duopole est une anomalie historique. Un peuple sans repères est un peuple sans boussole. Pour réveiller la fibre patriotique d’une jeunesse congolaise en perte de modèles, l’État doit cesser de rationner ses honneurs. Notre histoire regorge de géants qui ont marqué le pays à des époques différentes, et il est temps de leur rendre justice.
C’est précisément ici que la proposition du député André Mbata démontre qu’elle ne fait pas de la figuration politique. Elle répare un véritable déni mémoriel en unissant trois siècles de résistance continue : d’abord Kimpa Vita, brûlée vive en 1706 parce qu’elle s’est dressée face aux négriers et au démantèlement du Royaume du Kongo ; ensuite Simon Kimbangu, qui a passé trente ans de calvaire dans les geôles coloniales belges pour avoir osé prêcher la libération spirituelle et l’égalité de l’homme noir en 1921 ; et enfin Étienne Tshisekedi wa Mulumba, qui a combattu durant trente-cinq ans les dictatures successives (1982-2017), devenant le visage indéboulonnable du combat pour la démocratie et l’état de droit.
Aujourd’hui, le temps des atermoiements est révolu. Face à Kimpa Vita et Kimbangu, la messe est dite depuis longtemps. Face à Tshisekedi, c’est la constance démocratique que l’on honore, au-delà des couleurs des partis. À l’approche du 30 juin 2026, la reconnaissance de ces trois figures historiques majeures de combat pour l’indépendance et la démocratie, aux côtés de Patrice-Emery Lumumba et Laurent-Désiré Kabila, est jugée cruciale pour la mémoire collective. Magnifier les figures historiques du pays est un levier puissant pour susciter la fibre patriotique et donner des repères inspirants aux jeunes générations.
Dès lors, une ultime interrogation demeure : nos élus sauront-ils s’élever à la hauteur du sacrifice de nos ancêtres, ou choisiront-ils de rester les spectateurs passifs de notre propre histoire ? En effet, rendre ce verdict mémoriel avant le 30 juin 2026 n’est pas un caprice législatif, c’est un acte de salubrité publique.
Isidore KWANDJA NGEMBO