
À l’heure où les chaînes logistiques mondiales cherchent désespérément à se réinventer face aux crises géopolitiques et climatiques, une évidence géographique demeure superbement ignorée : l’Afrique n’est qu’à sept jours de navigation des côtes canadiennes. Pourtant, aujourd’hui encore, la quasi-totalité des flux maritimes entre le Canada et le continent africain effectue de longs et coûteux détours par des hubs intermédiaires européens ou américains. Cette anomalie économique a un coût, écologique et financier, que nos économies ne peuvent plus se permettre de payer.
Il est temps de changer de paradigme. Du 7 au 9 octobre 2026, Montréal accueillera le Forum Afrique-Canada sur l’industrie portuaire et l’économie bleue (CAPBLEU 2026). Plus qu’un simple rendez-vous d’affaires, cet événement doit sceller l’acte de naissance d’une nouvelle ambition : le concept « Pont-Bridge ». L’objectif est clair : relier directement les grands ports canadiens (Montréal, Québec, Halifax, Saint-Jean) aux hubs africains en pleine expansion (Tanger Med, Dakar, Abidjan, Lomé, Pointe-Noire).
*Le Port en eau profonde de Banana : l’atout stratégique de la RDC*
Dans cette nouvelle configuration transatlantique, la République Démocratique du Congo (RDC) s’apprête à jouer un rôle de premier plan. Avec la construction en cours du Port en eau profonde de Banana, la RDC n’est plus un simple observateur, mais devient un acteur clé du commerce maritime avec l’Amérique du Nord.
Jusqu’à présent, l’absence d’infrastructures portuaires à fort tirant d’eau limitait l’accès direct des grands navires porte-conteneurs au cœur du continent. Le projet de Banana change radicalement la donne logistique de la sous-région :
* *Un accès direct à l’Atlantique* : Banana offre une porte d’entrée maritime majeure, connectant directement le corridor routier et ferroviaire national aux routes maritimes mondiales.
* *Le hub de l’Afrique Centrale* : En s’intégrant au réseau « Pont-Bridge » aux côtés de Pointe-Noire, Banana permettra d’acheminer les ressources stratégiques de la RDC et des pays voisins vers le Canada sans rupture de charge en Europe.
*Briser les barrières logistiques pour des résultats tangibles*
L’intérêt mutuel entre le Canada et l’Afrique n’est plus à démontrer. Mais le principal défi consiste désormais à transformer cet intérêt en projets, partenariats et investissements tangibles. Les organisations patronales des deux côtés de l’Atlantique partagent cette même volonté d’aller au-delà des déclarations d’intention pour bâtir une coopération structurée et orientée vers des résultats concrets.
Pour l’Afrique, les besoins sont récurrents et bien identifiés : accès au financement, partenariats industriels, transferts de compétences techniques et accès à de nouveaux marchés. Pour le Canada, l’opportunité est immense. Les entreprises et institutions canadiennes – à l’instar d’acteurs engagés comme UNI Coopération financière – possèdent l’expertise sectorielle, les technologies douanières de pointe et les écosystèmes d’affaires nécessaires pour codévelopper des solutions durables avec leurs partenaires africains.
*Neuf secteurs stratégiques pour une croissance partagée*
Cette connectivité directe ne profitera pas seulement au secteur maritime. Elle servira de catalyseur pour toute une série de secteurs prioritaires indispensables à la transition économique mondiale :
* La sécurité alimentaire et l’agro-industrie : en accélérant l’échange direct de céréales et de produits transformés.
* L’énergie et les ressources stratégiques : en sécurisant l’approvisionnement des industries canadiennes en minéraux critiques indispensables à la transition énergétique.
* La durabilité environnementale : en développant une gestion écologique et inclusive de la pêche et des ressources marines.
* La transformation numérique : en modernisant les infrastructures portuaires et douanières pour un fret plus fluide.
*Choisir l’audace d’un corridor direct*
Le forum CAPBLEU 2026 qui réunira plus de 250 décideurs politiques, maritimes et financiers à Montréal, pose les fondations d’un nouveau corridor transatlantique performant. Éliminer les escales techniques européennes, abaisser les frais de transbordement et réduire les taxes douanières intermédiaires ne sont plus des options techniques, ce sont des impératifs stratégiques.
En osant regarder droit devant, par-dessus l’Atlantique, le Canada et l’Afrique ne font pas que tracer une nouvelle route commerciale. Ils repensent l’avenir de l’économie bleue mondiale. Il ne tient qu’aux acteurs économiques de se saisir de ce pont pour transformer cette vision en réalité durable.
Isidore KWANDJA NGEMBO